Congrès Biocides 2025 : ce que les prestataires doivent savoir

Comme chaque automne à Lyon, le Congrès Biocides 2025 a rassemblé les fabricants, autorités et experts de la réglementation. Mais derrière les acronymes et les échéances, une question domine pour les professionnels du terrain : qu’est-ce qui va vraiment changer pour ceux qui utilisent, distribuent ou appliquent les biocides au quotidien ? Pour cette 10ᵉ édition, nous étions 278 participants, dont 70% présents à Lyon et 30 % à distance. Une participation stable, preuve que le sujet reste central pour tous ceux qui naviguent chaque jour entre efficacité produit, sécurité des utilisateurs et exigences réglementaires. Voici donc ce qu’il faut retenir du millésime 2025 du Congrès Biocides. 

Certibiocide : la mise à jour du dispositif

C’était l’un des sujets les plus attendus du Congrès de Lyon. Le nouvel arrêté du 5 septembre 2025 vient préciser plusieurs points du dispositif Certibiocide désinfectants. Ce qui change :

Le Certibiocide désinfectants n’est plus requis pour les professionnels de santé humaine et les vétérinaires, à condition :

  • qu’ils suivent une formation continue, périodiquement renouvelée, sur les risques chimiques, l’utilisation des produits biocides désinfectants et les protections adaptées ;
  • et que ces formations soient notifiées à la DGPR avant le 1ᵉʳ juillet 2027.

Une dérogation spécifique s’applique également aux agents de sécurité civile, dès lors qu’ils ont reçu une formation équivalente sur les risques et les protections liés à ces produits.

Les Certibiocides désinfectants délivrés entre le 1ᵉʳ janvier et le 31 décembre 2024 voient leur durée de validité portée à six ans (au lieu de cinq).

Le reste du dispositif demeure inchangé : pour tous les autres utilisateurs professionnels, notamment les sociétés de nettoyage, de désinfection ou de restauration, la formation (7 heures) reste obligatoire à compter du 1ᵉʳ janvier 2026.

Les organismes agréés affichent déjà complet pour la fin 2025 : il est donc conseillé d’anticiper la formation dès maintenant.

Notons enfin que selon les retours partagés des participants pendant le Congrès Biocides 2025, les contrôles devraient s’intensifier dès 2026.

Congrès Biocides 2025 salle complète

Le Nutriscore des biocides arrive

Autre sujet marquant du congrès : le projet de score santé / environnement pour les produits ménagers et biocides, inspiré du Nutriscore alimentaire.

Ce dispositif, issu de l’action 3.1 du Plan national santé-environnement (PNSE4), est piloté par la DGCCRF et la DGPR, avec l’appui de l’ANSES, de l’Ineris et de Santé publique France.

Il s’agit de rendre les étiquettes plus lisibles pour le grand public et permettre une comparaison simple du niveau de risque entre produits.

Premier test grandeur nature :

  • L’ANSES a évalué 72 produits (détergents, désinfectants, insecticides, rodonticides, répulsifs…).
  • Les résultats montrent une forte convergence entre les deux méthodes de calcul évaluées : leurs résultats concordent à 90 % pour le volet santé et 93 % pour le volet environnement

Mais l’échantillon reste trop limité pour en tirer des conclusions globales sur l’ensemble du marché.

La tendance, en revanche, est claire : la majorité des biocides apparaîtront comme à risque élevé, même lorsqu’ils sont utilisés correctement.

Et inversement, un produit vert ou noté A ne sera pas sans danger. Il restera un biocide nécessitant un usage encadré.

 Avant toute généralisation, plusieurs étapes sont encore nécessaires :

  • une expérimentation à grande échelle ;
  • une réévaluation régulière selon les nouvelles données scientifiques et réglementaires (CLP, toxicologie, etc.) ;
  • des études de perception pour vérifier la compréhension du score par les consommateurs.

Pour les fabricants, les leviers sont déjà identifiés :

  • réduire les substances préoccupantes (CMR, perturbateurs endocriniens, PBT/PMT) ;
  • limiter les parfums, colorants et mélanges à composition incertaine (MiM) ;
  • simplifier les formulations.

 Pour les prestataires, si ce système se généralise, il changera la perception des clients. Un désinfectant noté D pourra rester le plus sûr s’il est utilisé dans les bonnes conditions. La clé sera la pédagogie : expliquer que ce score parle de danger intrinsèque, pas de risque réel, et faire le lien entre lecture grand public et usage professionnel. 

CLP et étiquetage : les nouveaux pictos

Et puisqu’on parle étiquettes, deux fédérations sont venues au Congrès Biocides 2025 pour faire une conférence sur la nouvelle version du règlement européen CLP (Classification, Labelling and Packaging).

La FHER (secteur de l’hygiène et de l’entretien) et la FIPEC (secteur des peintures, colles et résines) ont rappelé que ce texte encadre la manière dont les produits chimiques, donc aussi les biocides, doivent être classés, étiquetés et emballés.

La révision 2024 vise à rendre ces étiquettes plus lisibles, plus cohérentes et mieux alignées dans toute l’Europe.

À partir de 2026, les prestataires devront s’assurer que les produits qu’ils utilisent sont correctement étiquetés : pictogrammes, mentions obligatoires, identifiant UFI, etc.

Et surtout, que ces produits proviennent d’un fournisseur établi dans l’Union européenne.

En cas de contrôle, utiliser un produit mal étiqueté ou acheté hors UE pourra être considéré comme une infraction indirecte, car il s’agit alors d’un produit non autorisé.

Les fiches de données de sécurité (FDS) devront être mises à jour, et les équipes formées à reconnaître les nouveaux symboles. Les inspecteurs de la DGCCRF, des DREETS et des DREAL y seront particulièrement attentifs.

Concrètement, trois évolutions majeures concernent directement les produits utilisés par les prestataires :

1. De nouvelles classes de danger

  • Perturbateurs endocriniens pour la santé humaine (ED HH) ;
  • Perturbateurs endocriniens pour l’environnement (ED ENV) ;
  • Substances persistantes, bioaccumulables et toxiques (PBT) ou très persistantes et très bioaccumulables (vPvB) ;
  • Substances persistantes, mobiles et toxiques (PMT) ou très persistantes et très mobiles (vPvM).

Ces mentions figureront désormais sur les FDS et sur les étiquettes.

2. Une nouvelle exigence sur le fournisseur

Chaque étiquette devra indiquer un fournisseur établi dans l’UE pour garantir la traçabilité des produits.

Application : 1ᵉʳ juillet 2026 pour les substances, 1ᵉʳ juillet 2028 pour les mélanges.

3. De nouvelles règles de présentation

Les étiquettes dépliantes sont désormais autorisées pour faciliter le multilinguisme.

Certaines mentions clés (pictogrammes, identifiant produit, UFI, quantité nominale) devront rester visibles dès la première page.

En pratique, ces changements ne modifient pas les protocoles d’application, mais ils renforcent un point souvent sous-estimé : la lecture et la compréhension des étiquettes deviennent un enjeu de sécurité à part entière.

Autre point abordé par la FHER et la FIPEC lors de cette conférence : le paquet Omnibus Chimie. Ce texte, lancé par la Commission européenne, vise à simplifier la réglementation et réduire la charge administrative pour les fabricants et distributeurs.

Il introduit notamment un mécanisme dit Stop the Clock, qui repousse certaines obligations d’étiquetage à 2028, afin de laisser aux entreprises le temps de s’adapter.

Jérémy Tarmoul au Congrès Biocides de 2025

Les biocides continuent d’évoluer

Au Congrès Biocides 2025, Isabelle Attig (ANSES) a présenté un état des lieux des substances actives biocides actuellement en évaluation en France, notamment pour les TP18, TP19 et TP14 – les familles les plus utilisées par les prestataires 3D.

Notons en préambule que l’ANSES a rendu en juillet 2025 un avis sur la terre de Sommières, souvent présentée comme une alternative "naturelle" contre les punaises de lit.

Cette argile agit effectivement comme d’autres poudres minérales (terre de diatomée, silices) : elle abîme la cuticule des insectes et provoque leur mort par dessiccation.

Mais l’ANSES souligne plusieurs limites :

  • composition très variable selon l’origine (sépiolite, montmorillonite, bentonite…) ;
  • incertitudes sur la pureté et la présence éventuelle de silice cristalline ou de fibres minérales ;
  • peu de données expérimentales solides (une seule étude en conditions de laboratoire).

En conclusion donc, la terre de Sommières agit probablement comme un biocide, mais n’est pas reconnue comme substance active approuvée. Elle ne peut en conséquence pas être commercialisée comme insecticide ou utilisée légalement dans un cadre professionnel, tant qu’un dossier complet n’aura pas été déposé et évalué.

De même, en raison d’une réglementation stricte sur les usages (espèces précises), on se retrouve sans aucun produit pour faire face à de nouvelles espèces envahissantes telles que la fourmi électrique.

Faisons à présent le point sur les nouvelles demandes d’approbation et les renouvellements qui redessinent progressivement le paysage des insecticides, répulsifs et rodonticides. 

TP18 – Insecticides, acaricides et produits contre les autres arthropodes

Deux nouvelles demandes d’approbation sont en cours d’examen :

1. Beauveria bassiana, un champignon entomopathogène déjà bien connu en agriculture.

Ses spores se fixent sur la cuticule de l’insecte, pénètrent dans son organisme et le tuent en quelques jours. C’est une alternative biologique prometteuse aux insecticides chimiques, mais son efficacité dépend des conditions environnementales (température, humidité).

2. Chabazite, une zéolite naturelle (minéral microporeux) utilisée pour ses propriétés d’adsorption.

Elle capte l’eau, l’ammoniac et certains gaz, et pourrait jouer un rôle de support ou co-formulant dans des produits insecticides. C’est une approche atypique, encore exploratoire, mais représentative de la recherche actuelle vers des solutions minérales ou biologiques, plus durables. 

TP19 – Répulsifs et attractifs

Les travaux se poursuivent sur plusieurs substances d’origine naturelle ou fermentaire, notamment les extraits de plantes et composés volatils utilisés comme répulsifs contre les insectes (moustiques, mouches, punaises de lit).

La tendance, selon l’ANSES, est à la simplification des formulations et à l’encadrement renforcé des allégations d’efficacité : les produits revendiquant un effet répulsif devront à l’avenir fournir des données expérimentales plus robustes (protocoles normalisés, conditions réalistes d’exposition). 

TP14 – Rodonticides

Côté lutte contre les rongeurs, la dynamique est différente. Les substances actives anticoagulantes (AVK) arrivent à leur renouvellement européen. Ils devront être accompagnés d’une analyse comparative obligatoire.

Selon la présentation d’Anne-Claire Talhouët (Knoell) d’ailleurs, cette étape vise à évaluer les alternatives non chimiques, notamment :

  • les dispositifs mécaniques de capture,
  • et les méthodes d’asphyxie au CO₂, déjà jugées bonnes alternatives dans le cadre du BPC 2024-2025, car plus durables.

Cela ne signe pas la fin immédiate des AVK, mais marque une évolution de leur statut : ces substances sont désormais candidates à substitution. Et leur autorisation dépendra de la disponibilité d’options moins dangereuses pour l’environnement et la faune non cible.

En filigrane, on retient que le biocide devient un outil plus technique et plus encadré.

Les nouvelles substances – biologiques, minérales ou mécaniques – imposent de repenser les protocoles d’application.

Pour les prestataires cela veut dire :

  • des formations à renouveler, pour maîtriser des produits plus sensibles et spécifiques ;
  • un suivi d’efficacité rigoureux à effectuer sur le terrain ;
  • et une grande vigilance sur l’utilisation des produits autorisés. 

Emballages : on réduit, et on réutilise

Lors du Congrès Biocides 2025, la FHER et CITEO (qui aide au recyclage des emballages et papiers pour protéger l’environnement) ont présenté les grands jalons du règlement européen sur les emballages (PPWR). Il entre en vigueur le 12 août 2026.

L’objectif est de réduire les déchets d’emballages et d’accélérer le réemploi dans toute la chaîne logistique.

Au programme :

  • réduction du poids et du volume des emballages au strict nécessaire ;
  • taux de vide maximum de 50 % pour les emballages groupés, de transport et de e-commerce ;
  • montée en puissance du réemploi, avec un objectif de généralisation d’ici 2030.

En France, la REP Emballages professionnels (Responsabilité Élargie du Producteur) complétera ce dispositif dès le 1ᵉʳ janvier 2026.

Elle impose aux entreprises qui mettent des emballages sur le marché français de financer leur gestion, leur collecte et leur valorisation, y compris pour les emballages B2B.

Jusqu’ici, la REP – issue du Code de l’environnement et de la loi AGEC (anti-gaspillage et économie circulaire) – ne concernait que les emballages ménagers.

Cette nouvelle déclinaison emballages pro vient combler ce vide réglementaire, et amorce la structuration du réemploi et de la logistique retour dans le secteur professionnel.

Des bonus sont prévus pour les entreprises qui développent des emballages réutilisables ou consignés.

De nouveaux formats de bidons, fûts ou contenants consignés sont donc à prévoir dans la chaîne d’approvisionnement – et plusieurs marques préparent déjà leurs gammes réutilisables.

Mais attention : la vente en vrac de biocides reste interdite, sauf mention explicite dans l’autorisation de mise sur le marché (AMM) ; un point à anticiper avant d’envisager un système de recharge. 

Conférence du Congrès biocides de Lyon 2025

D’autres chantiers montent déjà : PFAS, microplastiques, substitutions à venir… Et derrière les grands dossiers européens, la réalité du terrain reste contrastée.

Les contrôles DGCCRF 2024 en donnent un aperçu : 7.894 références de produits contrôlées, dont 2.626 biocides, parmi lesquels 96 produits anti-punaises de lit. 

Près de 39 % des produits examinés se sont révélés non conformes – un chiffre à lire avec prudence, puisqu’il ne reflète pas la proportion globale du marché, la DGCCRF ciblant ses contrôles.

Les principales non-conformités ?

  • utilisation de substances actives non approuvées (dichlorvos, fipronil, propoxur) ;
  • présence d’une substance non incluse au BPR ;
  • dates de péremption dépassées ;
  • mentions publicitaires interdites ou allégations trompeuses (“100 % naturel”, “non toxique”) ;
  • et, de plus en plus souvent, absence d’informations obligatoires sur les sites de vente à distance.

Ces constats rappellent que, derrière les textes, la vigilance reste essentielle : dans les laboratoires, sur les lignes de production… mais aussi sur le terrain.

Comme à chaque édition, le Congrès Biocides 2025 a confirmé une évidence : la réglementation reste dense, parfois lente, et continue de créer des incertitudes qui freinent les industriels.

Dans leur conférence, Élodie Cazelle (A.I.S.E., Association internationale de la savonnerie, de la détergence et de l’entretien) et Isabelle Demoment (Kersia Group) ont livré une rétrospective marquante sur dix ans de réglementation biocides.

Une réglementation prometteuse à ses débuts, censée harmoniser les pratiques européennes et accélérer les mises sur le marché, tout en garantissant la sécurité des utilisateurs et de l’environnement.

Dix ans plus tard, le constat est plus amer : l’ECHA estime à vingt ans le retard accumulé dans l’évaluation des substances actives. Ces lenteurs créent des distorsions de concurrence, découragent les innovations et usent les équipes réglementaires.

"Le mot biocide est devenu un vilain mot", résume Isabelle Demoment.

"Ce modèle réglementaire ne peut plus soutenir la stratégie d’innovation ni la stratégie commerciale d’un groupe international. Il faut aussi évaluer le coût humain : la fatigue et le stress des équipes."

Dans ce contexte, les entreprises les plus agiles seront celles qui anticipent, forment leurs équipes et choisissent leurs fournisseurs avec discernement.

Parce qu’un biocide, quel qu’il soit, reste avant tout un outil de métier – un outil qui exige rigueur, compétences et sens des responsabilités.

Utilise les produits biocides avec précaution. Lis attentivement l’étiquette et les informations produit avant toute utilisation.

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