Un produit que tu utilises depuis des années peut voir ses usages évoluer. Une dérogation peut permettre de poursuivre un traitement. Et derrière une annonce réglementaire, la même question revient : qu’est-ce que ça change pour mes interventions ? Ensystex a assisté au Congrès Biocides 2026 pour suivre ces évolutions. Il s’est tenu les 6 et 7 octobre à Lyon et a réuni 273 participants (présents ou à distance). Rodonticides, insecticides, répulsifs, produits de protection du bois et contrôles de la DGCCRF. Voici les informations à retenir pour ton activité.

Rodonticides – TP14 : ce qui évolue pour la lutte contre les rongeurs
Contre les rats et les souris, le choix d’un produit de lutte contre les rongeurs dépend de la situation rencontrée et des usages autorisés. Au Congrès Biocides 2026, Isabelle Attig, de l’Anses, a présenté plusieurs actualités concernant les rodonticides, regroupés dans le type de produits 14 (TP14).
AVK : les usages des particuliers dans le viseur
Les rodonticides sont les premiers biocides à avoir traversé le cycle complet d'examen réglementaire. Cette expérience a révélé des lacunes importantes dans l'évaluation des solutions de remplacement.
Pour les anticoagulants antivitamines K, appelés AVK, l'analyse européenne a identifié des alternatives pour deux usages :
- les pièges contre les souris en intérieur chez les particuliers
- et, pour remplacer l'appâtage permanent professionnel, des pièges utilisant du CO₂.
Cette dernière pratique est déjà interdite en France pour les AVK.
Isabelle Attig a précisé que plus de 60 dossiers de renouvellement étaient finalisés en France sur cette base. Au moment du congrès, les règlements d'approbation des substances actives restaient toutefois attendus et les discussions entre l'Anses et la DGPR se poursuivaient. Pour les prestataires, les conséquences précises sur les autorisations des produits restaient donc à suivre.
Blocs et sachets : le format doit permettre le bon dosage
Un sachet reste un sachet… mais son poids change la quantité de produit déposée. L’Anses a rappelé que les formats d’appâts doivent permettre de respecter la dose dont l’efficacité a été démontrée.
L’exemple présenté est parlant : pour un produit dont la dose validée contre les souris est de 20 g, un sachet de 20 g ou deux sachets de 10 g conviennent. Un format de 15 g ne permet pas d’atteindre exactement cette dose et n’est pas accepté dans ce cas.
Pour le technicien, le repère reste donc la dose prévue dans les conditions d’utilisation du produit. Cet exemple ne signifie pas que tous les traitements contre les souris nécessitent 20 g d’appât. Mais cette approche peut être extrapolée sur d’autres types de produits.
Rats et souris en ville : mieux comprendre pour mieux intervenir
Pourquoi les rongeurs s’installent-ils à certains endroits ? Qu’est-ce qui favorise leur prolifération ? Et quels moyens de prévention et de lutte privilégier ?
Ces questions sont au cœur d’une expertise en cours à l’Anses, également présentée par Isabelle Attig (la saisine DGS/DGPR est en cours). Elle couvre les caractéristiques des rats et des souris, leur présence en milieu urbain et les méthodes permettant de les gérer.
Les avis sont attendus en juin 2027 pour la métropole et en décembre 2027 pour les DROM. Des travaux à suivre pour les « dératiseurs » qui interviennent en ville, où la gestion des rongeurs demande d’agir aussi sur les conditions qui favorisent leur installation.

Insecticides – TP18 : ce qui change pour les produits du terrain
Blattes, punaises de lit, fourmis, termites : derrière ces interventions, on retrouve les insecticides du type de produits 18 (TP18). Au Congrès Biocides 2026, plusieurs annonces ont porté sur leur disponibilité et leurs conditions d’utilisation, avec des conséquences concrètes pour les prestataires.
Diflubenzuron : les appâts anti-termites bénéficient d’une nouvelle dérogation
Pour les entreprises qui utilisent les pièges-appâts Termigard, Termigard +, Labyrinth et Labyrinth +, commercialisés par Ensystex, la continuité des traitements était un point important.
Ces produits contiennent du diflubenzuron. La DGPR a indiqué une nouvelle dérogation de 180 jours à compter du 9 octobre, conformément à l’arrêté du 1er octobre 2026.
Les professionnels titulaires du Certibiocide peuvent donc poursuivre leur utilisation, exclusivement contre les termites et dans le respect des conditions d’emploi prévues. Cette autorisation reste temporaire : la prochaine échéance réglementaire sera à suivre pour organiser les interventions et leur suivi. Si tu es concerné, nous te tiendrons au courant le plus tôt possible, évidemment.
Géraniol : des changements à préparer dans les gammes
Le géraniol entre dans la composition de nombreux insecticides et répulsifs. Son dossier européen d’approbation a été clôturé en juin 2025, faute de données suffisantes pour poursuivre l’évaluation.
Au moment du Congrès Biocides 2026, la décision de non-approbation était encore attendue. La DGPR en préparait déjà les conséquences : les produits dont le géraniol est la seule substance active seraient retirés définitivement du marché. Pour les mélanges, les démarches dépendraient de leur composition et du statut des autres substances actives.
L’ampleur du sujet mérite l’attention : 3 292 produits insecticides et répulsifs sont recensés comme concernés en France. Pour les prestataires, l’enjeu sera de repérer les références touchées dans leurs gammes, puis de suivre les délais fixés par la décision correspondante.
Indoxacarbe, hexaflumuron : où en sont les substances actives ?
Isabelle Attig, de l’Anses, a annoncé le report de l’échéance d’approbation de l’indoxacarbe au 31 décembre 2028. Les conditions d’autorisation de chaque produit restent toutefois à respecter.
Le comité des produits biocides de l’ECHA a également rendu un avis favorable au renouvellement de :
- l’hexaflumuron (dérogation critères exclusion 5(2) b&c), utilisé notamment contre les termites,
- et la phosphine relarguée à partir de phosphure d’aluminium ou de magnésium, utilisée en fumigation.
Ces avis constituent une étape favorable. Au moment du Congrès Biocides 2026, les règlements correspondants étaient encore attendus.
Un même produit peut voir ses conditions d’emploi évoluer
Un insecticide autorisé aujourd’hui peut, après réévaluation, perdre un usage ou nécessiter des protections supplémentaires (EPI).
Floriane Kobiela et Sophie Aviron-Violet, de Staphyt, l’ont illustré avec un insecticide utilisé en élevage. L’usage en présence de vaches laitières a été supprimé en raison du risque alimentaire lié aux résidus dans le lait.
Les formats peuvent aussi changer. Dans l’exemple d’un anti-fourmis présenté par l’Anses, le conditionnement destiné aux particuliers devait être limité au plus petit volume proposé, compte tenu des quantités utilisées.
Sur le terrain, le réflexe utile reste donc de consulter les conditions d’emploi actualisées, même pour une référence que l’on utilise depuis longtemps.
Répulsifs et attractifs – TP19 : protéger, attirer… et rester disponibles
Un répulsif éloigne les moustiques. Un attractif attire les insectes vers un piège. Ces deux fonctions relèvent du type de produits 19 (TP19). Au congrès, les échanges ont porté sur l’avenir de certaines substances, mais aussi sur les difficultés à maintenir les produits sur le marché.
DEET et muscalure : deux actualités à retenir
L’Anses a annoncé le report de l’échéance d’approbation du DEET au 31 janvier 2029. Cette substance entre dans la composition de répulsifs, notamment contre les moustiques. Ce report concerne la substance active : les conditions d’utilisation de chaque produit restent celles de son autorisation.
La muscalure, utilisée comme attractif pour les mouches, a reçu un avis favorable au renouvellement de son approbation par le comité des produits biocides de l’ECHA. Au moment du Congrès Biocides 2026, le règlement correspondant était encore attendu.
Le géraniol concerne également cette catégorie. Comme pour les insecticides, la DGPR anticipait les conséquences de sa future non-approbation pour les répulsifs qui en contiennent : retrait ou reformulation selon leur composition. Nous avons traité ce point un peu plus haut.
Une autorisation ne garantit pas dix années sans changement
Sur le terrain, on connaît surtout le produit, son efficacité et ses consignes d’emploi. En coulisses, son maintien sur le marché demande un suivi réglementaire continu.
Susonity et les intervenants d’Equitox/SICADAE l’ont illustré avec des répulsifs cutanés. Un changement de parfum, une nouvelle pompe de pulvérisation ou une modification du produit de référence peuvent nécessiter des essais et des démarches supplémentaires.
Cela concerne notamment les produits biocides identiques, autorisés à partir d’un produit de référence. Lorsque celui-ci évolue, leurs autorisations doivent rester cohérentes avec la sienne. Les différences de pratiques entre pays compliquent parfois ce suivi.
Pour les prestataires, l’enjeu est concret : ces difficultés peuvent fragiliser la disponibilité de produits. Les intervenants plaident donc pour des procédures plus claires et mieux harmonisées, afin de conserver des solutions efficaces tout en maintenant les exigences de sécurité.

Produits de protection du bois – TP8 : préserver les solutions et adapter les usages
Protéger une charpente ou traiter des bois demande des produits adaptés au chantier. Les produits de protection du bois, regroupés dans le type de produits 8 (TP8), ont eux aussi leurs actualités réglementaires. Au Congrès Biocides 2026, les échanges ont notamment porté sur les renouvellements et les conditions d’application.
Des échéances prolongées pour plusieurs substances
Isabelle Attig, de l’Anses, a présenté le report au 31 juillet 2029 de l’échéance d’approbation de plusieurs substances à base de cuivre utilisées en protection du bois. Pour l’OIT – une autre substance active fongicide du TP8 – l’échéance est le 31 décembre 2027.
Ces dates concernent les substances actives. Pour choisir et appliquer un produit, les prestataires doivent toujours se référer à son autorisation de mise sur le marché et à ses conditions d’emploi.
Une réévaluation peut changer la manière d’appliquer un produit
Un produit peut rester autorisé tout en voyant ses possibilités d’utilisation se réduire. Floriane Kobiela et Sophie Aviron-Violet, de Staphyt, l’ont illustré avec un traitement du bois dont l’évaluation de l’exposition cutanée a été revue car les données étaient non conformes aux exigences du guide EFSA 2017.
Résultat : son usage a été limité aux procédés d’immersion automatisés, sans exposition de l’utilisateur (cette restriction concerne le produit présenté, pas l’ensemble des traitements du bois).
Pour les entreprises, la conséquence est donc très concrète. En effet, une référence connue peut ne plus convenir à la méthode d’application pratiquée sur leurs chantiers.
Vers des autorisations plus longues ?
Renouveler les dossiers mobilise du temps et des moyens. Alice Desvilles et Nicolas Rovira, d’EPPA, ont souligné la sensibilité du secteur à ces coûts, dans un marché largement composé de PME et dépendant de la construction.
Parmi les pistes discutées dans le projet de simplification européen « Omnibus X », certains amendements proposent de porter jusqu’à 25 ans l’autorisation de produits de protection du bois. Cette possibilité est en discussion, nous dit-on au moment du Congrès Biocides 2026.
Patrimoine culturel : un cadre particulier pour Vikane
Pour certains bâtiments patrimoniaux de grande envergure comportant du bois, les solutions disponibles peuvent être limitées. La DGPR a présenté le dispositif permettant à la France d’autoriser Vikane, à base de fluorure de sulfuryle, jusqu’au 30 septembre 2031, pour la protection du patrimoine culturel.
Cette possibilité reste encadrée par l’autorisation nationale correspondante. Elle ne s’étend pas à tous les traitements du bois.
DGCCRF : des contrôles qui rappellent l’importance de bien choisir ses produits
Une date de péremption dépassée, une concentration absente de l’étiquette, un produit interdit encore proposé à la vente… Les résultats présentés par la DGCCRF au Congrès Biocides 2026 montrent que les anomalies peuvent toucher des informations essentielles pour les utilisateurs.

Des résultats à lire avec le bon périmètre
En 2025, la DGCCRF a contrôlé 2 588 références de produits biocides et mixtes, dont des insecticides et des répulsifs. Parmi les 63 prélèvements envoyés en laboratoire, le taux de non-conformité atteignait 59 %.
Ce chiffre mérite une précision : les contrôles sont ciblés, notamment à partir de signalements et d’anomalies déjà rencontrées. Il ne signifie donc pas que 59 % des biocides disponibles sur le marché sont non conformes.
Péremption, étiquetage, allégations : les anomalies sont concrètes
Le principal manquement signalé sur les produits biocides et mixtes concernait les dates de péremption dépassées, parfois de plusieurs années. Les contrôles ont aussi relevé des concentrations de substances actives manquantes, des informations de danger absentes et des présentations ambiguës entre insecticide et répulsif.
La DGCCRF a notamment présenté un produit d’ambiance anti-moustique aux huiles essentielles dont l’étiquette omettait les dangers liés à son caractère inflammable et sensibilisant. La présentation « aux huiles essentielles » ne dispensait donc pas d’informer correctement l’utilisateur.
Elle maintient également sa vigilance sur des insecticides interdits, notamment SNIPER à base de dichlorvos et GreenLeaf à base de fipronil.
L’étiquette et la fiche de sécurité doivent correspondre à l’autorisation
L’action européenne BEF-3, présentée conjointement par la DGPR et la DGCCRF, comparait les informations des étiquettes aux autorisations de mise sur le marché.
En France en 2025, 70 produits sur 91 présentaient au moins une non-conformité à l’issue des vérifications, incluant le contrôle de certaines fiches de données de sécurité. Toutes ces anomalies ne concernaient pas les mentions de danger : il faut distinguer une discordance documentaire de sa portée pour la sécurité.
Pour les prestataires, ces résultats donnent des repères simples : vérifier la péremption des stocks, disposer des documents actualisés et demander des précisions au fournisseur lorsqu’une étiquette ou une fiche de sécurité paraît incohérente.
La vente en ligne restera sous surveillance
Pour 2027, la DGCCRF annonce un renforcement des contrôles des produits chimiques, dont les biocides, vendus en ligne, ainsi que le maintien de sa vigilance sur les produits interdits.
Un produit disponible à l’achat n’est pas nécessairement autorisé pour l’intervention envisagée. La référence exacte, les usages prévus et les conditions d’emploi restent les points à vérifier avant de l’intégrer à ses pratiques.
Pas besoin de devenir spécialiste de la réglementation pour en tirer des réflexes utiles : suivre les références que tu utilises, vérifier ses conditions d’emploi actualisées et anticiper les échéances qui concernent tes traitements. Tu as un doute sur un produit ou sur les conséquences d’une annonce pour tes chantiers ? Échange avec ton conseiller technique. Partir de tes usages concrets reste le meilleur moyen de poser les bonnes questions et de préparer la suite de tes interventions.
Utilise les produits biocides avec précaution. Lis attentivement l’étiquette et les informations concernant le produit avant toute utilisation.







