Utilisée dans certaines situations bien précises, l’alphachloralose est une substance active encore méconnue de nombreux professionnels. Son mode d’action, ses avantages, mais aussi ses limites et ses risques, en font un produit à manier avec discernement. Dans un contexte où les anticoagulants sont de plus en plus encadrés, il est essentiel de bien comprendre ce que cette molécule peut – ou ne peut pas – apporter à ta stratégie de lutte contre les rongeurs. Voici tout ce que tu dois savoir avant de l’intégrer (ou non) à ton protocole.

Qu’est-ce que l’alphachloralose ?
L’alphachloralose (ou chloralose) est une substance active utilisée comme rodonticide, uniquement contre la souris domestique, Mus musculus. Interdiction formelle en extérieur ou contre d’autres espèces de rongeurs, donc.
Si tu envisages de l’intégrer à ton protocole de dératisation, vérifie bien qu’elle est adaptée à ta situation. En l’occurrence, elle ne peut être utilisée qu’en intérieur (locaux agricoles, bâtiments publics ou privés).
Contrairement aux anticoagulants (AVK, ou antagoniste de la vitamine K), son mode d’action est narcotique. Et nous allons voir dans la suite de cet article que c’est une molécule à réserver à des contextes bien définis.
Mode d’action
La molécule agit comme un dépresseur du système nerveux central. Une fois ingérée, elle provoque une somnolence rapide chez la souris, puis une perte de coordination et une chute brutale de la température corporelle. Le coma, puis la mort survient par hypothermie, sans douleur apparente, et très rapidement (quelques heures).
Elle ne provoque ni saignement interne, ni effet retardé. D’ailleurs, son effet rapide est souvent visible à proximité du souricide, ce qui peut poser problème dans certains environnements (zones alimentaires, ERP…).
Ce mode d’action rend aussi son efficacité étroitement liée à la température ambiante. Plus il fait froid, plus la chute thermique est rapide et létale. En revanche, dans un local chauffé ou en période chaude, le résultat peut être ralenti voire compromis.
Ce fonctionnement explique pourquoi on l’utilise uniquement à l’intérieur : dans des lieux où tu maitrises la température, et où tu peux garantir les conditions optimales d’action.
Un appât mal placé ou dans un environnement trop chaud peut donc te faire croire à une inefficacité… alors qu’il s’agit d’un simple problème de contexte.
Pourquoi utiliser un souricide à base d’alphachloralose ?
La chloralose a toute sa place dans l’arsenal du professionnel pour traiter des infestations de souris en intérieur. Son intérêt repose sur trois atouts clés.
Une alternative sérieuse aux AVK
Elle agit par narcose et hypothermie, sans provoquer d’hémorragies. Et il se trouve que les restrictions sur les AVK s’intensifient - notamment pour le grand public. Récemment le Comité des produits biocides de l’ECHA a émis un avis défavorable pour la reconduction des substances rodonticides AVK pour les produits TP14 contre les souris par des non-professionnels, par exemple.
Nous voilà donc face à une alternative pertinente, notamment dans les lieux sensibles ou pour diversifier les stratégies de traitement.
Un usage ciblé, à l’intérieur uniquement
D’ailleurs on n’utilise cette solution que dans un cadre très précis : contre la souris domestique, et exclusivement en intérieur. C’est une contrainte réglementaire… mais qui peut devenir un avantage, à condition que le contexte s’y prête.
Dans un local fermé, non chauffé, bien surveillé – où la cible est identifiée – ce produit offre un bon niveau d’efficacité, avec un risque limité pour l’environnement ou les animaux non ciblés.
Aucune résistance connue
De plus, contrairement aux anticoagulants, face auxquels des résistances génétiques sont désormais fréquentes, aucun cas de résistance à l’alphachloralose n’a été signalé. C’est un atout de poids dans les situations de blocage ou d’échec de traitement.
Quelles précautions pour son utilisation ?
Un rodonticide à base d’alphachloralose n’est pas un produit anodin. Son efficacité en fait un allié redoutable contre la souris domestique, mais elle présente aussi des risques importants.
Aucun antidote connu en cas d’intoxication
Il n’existe à ce jour aucun antidote spécifique en cas d’intoxication, que ce soit pour l’humain ou pour les animaux domestiques. Toute ingestion accidentelle doit faire l’objet d’une prise en charge symptomatique en urgence et d’un signalement au centre antipoison.
Risque réel pour les espèces non cibles (notamment les chats)
Les petits carnivores, en particulier les chats, sont extrêmement sensibles à la molécule. Une ingestion directe ou indirecte (via une souris contaminée) peut leur être fatale. C’est pourquoi la pose en postes sécurisés est absolument indispensable.

Quelques règles à suivre pour limiter les risques
Utiliser strictement en intérieur, conformément à la réglementation.
- Lire attentivement l’étiquette et la fiche de données de sécurité avant toute manipulation.
- Ne pas manger, boire ou fumer lors de l’application.
- Porter des gants pour manipuler les appâts et ramasser les cadavres.
- Éliminer les déchets (appâts usagés, emballages, cadavres) dans un circuit spécialisé, jamais dans l’environnement ou les canalisations.
- Surveiller régulièrement les postes : retirer les cadavres, réapprovisionner si nécessaire, et retirer le souricide en fin de traitement.
- Ne jamais utiliser ce produit en appâtage permanent : il est réservé aux infestations avérées, pas à la prévention.
Bien utilisé, c’est un souricide puissant. Mal utilisé, il devient un danger réel. La vigilance est donc de mise.
Les alternatives à la chloralose
- Les anticoagulants traditionnels
- Les pièges mécaniques ou électroniques
- Les appâts non toxiques + pièges connectés (IPM)
- Approche intégrée, axée sur le monitoring.
- Rodonticides alternatifs émergents comme le cholécalciférol (vitamine D3) ou l’alphabromadiolone (AVK).
Utilise les produits biocides avec précaution. Avant toute utilisation, lis l’étiquette et les informations concernant le produit.







